La juridiction pour résoudre les conflits de compétence à Dubaï

La juridiction pour résoudre les conflits de compétence à Dubaï

L'Autorité judiciaire de règlement des conflits de compétence entre les tribunaux du Centre financier international de Dubaï (DIFC) et les organes judiciaires de l'émirat de Dubaï est une autorité judiciaire indépendante. Elle est compétente pour déterminer l'organe judiciaire compétent lorsqu'un conflit de compétence surgit entre les tribunaux du Centre et l'un quelconque des organes judiciaires de l'émirat, ainsi que pour déterminer le jugement à exécuter lorsque des décisions contradictoires sont rendues dans un même litige. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette Autorité n'a pas été créée à l'origine par le Décret n° (29) de 2026 ; elle a en réalité été constituée pour la première fois en vertu du Décret n° (19) de 2016. Le Décret n° (29) de 2024 a ensuite été promulgué par Son Altesse Cheikh Mohammed ben Rachid Al Maktoum, Vice-Président et Premier ministre des Émirats arabes unis et Souverain de l'émirat de Dubaï, afin de remplacer le décret précédent, de réorganiser le fonctionnement de l'Autorité et d'élargir le champ de sa compétence et de ses pouvoirs de supervision. Ses décisions sont définitives et contraignantes pour l'ensemble des organes judiciaires concernés.

Le règlement des conflits de compétence à Dubaï
L'Autorité judiciaire et le mécanisme de règlement des conflits de compétence entre les tribunaux du Centre et les tribunaux de Dubaï
Premièrement : l'organe judiciaire compétent
L'Autorité judiciaire de règlement des conflits de compétence
Autorité judiciaire indépendante constituée par le Décret n° (19) de 2016, puis remplacée par le Décret n° (29) de 2024, pour servir de référence finale et exclusive dans la détermination de l'organe compétent et du jugement à exécuter entre les tribunaux du DIFC et les organes judiciaires de l'émirat de Dubaï.
Deuxièmement : comment l'Autorité tranche-t-elle les conflits de compétence ?
1
Survenance du conflit
Plusieurs organes revendiquent leur compétence (positif) ou tous la déclinent (négatif).
2
Dépôt de la demande
Tout plaideur ou le Ministère public soumet une requête à l'Autorité.
3
Examen par l'Autorité
Délibérations confidentielles ; les parties déposent leurs mémoires en clôture.
4
Décision rendue
Décision motivée dans un délai n'excédant pas 30 jours après les mémoires en clôture.
5
Effet de la décision
Définitive et contraignante pour les tribunaux du Centre et tous les organes judiciaires.
 

Fondement juridique

Le Décret n° (29) de 2024, qui a remplacé le Décret n° (19) de 2016 — les décisions de l'Autorité sont définitives et contraignantes pour l'ensemble des organes judiciaires concernés.

Qu'est-ce que l'Autorité judiciaire de règlement des conflits de compétence à Dubaï, et comment tranche-t-elle les conflits de compétence entre les tribunaux du Centre et les tribunaux de Dubaï ?

1- Qu'entend-on par conflit de compétence ?

Le conflit de compétence est la situation dans laquelle un différend surgit quant à l'organe judiciaire ayant le pouvoir de connaître d'un litige déterminé. Le conflit peut être positif, lorsque plusieurs organes revendiquent leur compétence pour connaître de la même affaire, ou négatif, lorsque tous les organes déclinent leur compétence, laissant le justiciable sans juge pour trancher son différend.

Cette problématique est particulièrement sensible dans l'émirat de Dubaï en raison de la pluralité de ses systèmes judiciaires : les tribunaux de Dubaï, relevant du droit civil, coexistent avec les tribunaux du DIFC, qui fonctionnent selon le système de la common law et en langue anglaise. La détermination du tribunal compétent dans certains litiges à composante financière ou commerciale devient ainsi une question délicate, qui requiert un organe capable de la trancher de manière définitive.

2- La création de l'Autorité : du Décret n° (19) de 2016 au Décret n° (29) de 2024

L'Autorité a été constituée pour la première fois en vertu du Décret n° (19) de 2016, sous l'intitulé « Autorité judiciaire des tribunaux de Dubaï et des tribunaux du DIFC », afin d'être la référence décisive en matière de conflits de compétence entre les deux systèmes. Le Décret n° (29) de 2024 a ensuite été promulgué pour remplacer le Décret n° (19) de 2016 et modifier l'intitulé de l'Autorité, devenu « Autorité judiciaire de règlement des conflits de compétence entre les tribunaux du DIFC et les organes judiciaires de l'émirat de Dubaï », partout où il apparaît dans toute législation en vigueur dans l'émirat.

Le nouveau décret ne s'est pas limité à changer l'intitulé : il a recentré la mission de l'Autorité pour en faire l'autorité judiciaire finale et exclusive en matière de conflits de compétence, tout en élargissant le champ des organes soumis à sa compétence et à ses pouvoirs de supervision. Néanmoins, les décisions rendues en application du Décret n° (19) de 2016 demeurent en vigueur dans la mesure où elles ne contredisent pas le nouveau décret, jusqu'à leur remplacement.

3- Les compétences et missions de l'Autorité

En vertu du Décret n° (29) de 2024, l'Autorité exerce des missions précises, dont les plus notables sont :

1
Déterminer l'organe judiciaire compétent pour connaître de toute action ou demande à propos de laquelle surgit un conflit de compétence entre les tribunaux du Centre et l'un quelconque des organes judiciaires de Dubaï.
2
Déterminer le jugement à exécuter lorsque des décisions contradictoires sont rendues par les tribunaux du Centre et d'autres organes judiciaires dans des affaires opposant les mêmes parties et portant sur le même objet.
3
Toute autre tâche ou tout autre pouvoir qui lui est confié par Son Altesse le Souverain de Dubaï ou par le Président du Conseil judiciaire de l'émirat.

4- Quels sont les organes judiciaires relevant de la compétence de l'Autorité ?

L'un des apports les plus importants du Décret n° (29) de 2024 est l'élargissement de la définition des « organes judiciaires » dans l'émirat de Dubaï, de sorte que la compétence de l'Autorité ne se limite plus aux conflits entre les tribunaux du Centre et les seuls tribunaux de Dubaï. Ces organes comprennent :

Les tribunaux de Dubaï à tous les degrés : la Cour de cassation, la Cour d'appel, les tribunaux de première instance et toute juridiction créée à l'avenir.
Le Centre de règlement des litiges locatifs de l'émirat de Dubaï.
Les commissions judiciaires constituées par décret ou décision de Son Altesse le Souverain de Dubaï.
Les autres entités considérées comme des autorités judiciaires dans l'émirat.
Les tribunaux du Centre financier international de Dubaï.

Grâce à cet élargissement, l'Autorité est devenue la référence unifiée pour le règlement des conflits, quel que soit l'organe judiciaire en cause.

5- La composition de l'Autorité judiciaire

Le décret prévoit que l'Autorité soit composée d'une représentation mixte des deux systèmes judiciaires, comme suit :

PrésidentLe Président de la Cour de cassation des tribunaux de Dubaï
Vice-présidentLe Président adjoint des tribunaux du DIFC
MembresLe Secrétaire général du Conseil judiciaire, le Président de la Cour d'appel et le Président des tribunaux de première instance des tribunaux de Dubaï, ainsi que deux juges des tribunaux du DIFC désignés par le Président des tribunaux du DIFC
SecrétaireProposé par le Président de l'Autorité parmi le personnel de l'un quelconque des organes judiciaires, et désigné lors de la première réunion

Cette composition mixte garantit que les deux systèmes judiciaires sont représentés ensemble lors du règlement du conflit.

6- Comment les demandes sont-elles soumises à l'Autorité ?

Lorsqu'un conflit de compétence existe — qu'aucun organe n'ait décliné de connaître de l'affaire, qu'ils l'aient tous déclinée, ou que des décisions contradictoires aient été rendues — une demande visant à déterminer l'organe compétent ou le jugement à exécuter est soumise à l'Autorité au moyen d'une requête présentée par l'un des plaideurs ou par le Ministère public. Les délibérations de l'Autorité sont confidentielles et sa décision doit être motivée.

Le cadre réglementaire a fixé les modalités de tenue des séances, la saisine de l'Autorité et le règlement de la demande, les effets qui en découlent, le versement du dépôt de garantie prescrit, ainsi que le traitement des demandes non encore tranchées au moment de l'entrée en vigueur du nouveau décret.

7- Délais, sursis à statuer et force obligatoire de la décision

Parmi les règles procédurales les plus notables établies par le Décret n° (29) de 2024 figurent celles relatives aux délais de décision et au sursis à statuer :

30
jours au maximum pour rendre la décision à compter du dépôt des mémoires en clôture par les parties
14
jours pour statuer sur une demande de sursis à compter de la date de notification

Le dépôt de la demande n'emporte pas un sursis automatique aux procédures de l'Autorité ; toutefois, toute partie peut présenter une demande de sursis à statuer. Les décisions de l'Autorité sont définitives et contraignantes, les tribunaux du Centre et tous les autres organes judiciaires étant liés par sa détermination de l'organe compétent ou du jugement à exécuter.

8- L'importance pratique pour les entreprises et les contractants

L'Autorité revêt une grande importance pratique pour les parties aux contrats et les entreprises opérant à Dubaï, en particulier lors de la rédaction des clauses attributives de compétence ou des clauses d'arbitrage dans les contrats et dans les statuts des sociétés. Le choix de la compétence des tribunaux du Centre ou d'un autre organe judiciaire, sans une rédaction claire convenue par toutes les parties, peut ouvrir la voie à un conflit de compétence renvoyé à l'Autorité.

La clarté de la clause attributive de compétence dans le contrat, ainsi que la détermination préalable de l'organe compétent, réduisent dès lors les risques de procédures parallèles et de décisions contradictoires, et font gagner aux parties du temps et des frais. Il est sage de consulter un avocat spécialisé avant de signer des contrats à composante financière ou internationale, afin de déterminer l'organe judiciaire le plus approprié et d'en rédiger les clauses avec précision.

 

Confronté à un conflit de compétence ou à des procédures parallèles à Dubaï ?

L'équipe du cabinet AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS est pleinement disposée à vous accompagner pour :

Déterminer l'organe judiciaire compétent avant ou pendant l'introduction de l'instance.
Préparer et déposer les demandes devant l'Autorité judiciaire de règlement des conflits de compétence.
Rédiger les clauses de compétence et d'arbitrage dans les contrats afin de prévenir les conflits.
 

Foire aux questions

Quelle est la différence entre le Décret n° (19) de 2016 et le Décret n° (29) de 2024 ?+
L'Autorité a été constituée pour la première fois par le Décret n° (19) de 2016 sous le nom d'« Autorité judiciaire des tribunaux de Dubaï et des tribunaux du DIFC ». Le Décret n° (29) de 2024 l'a ensuite remplacé, modifiant l'intitulé de l'Autorité, élargissant le champ des organes soumis à sa compétence et à ses pouvoirs de supervision, et en faisant l'autorité judiciaire finale et exclusive en matière de conflits de compétence. Les décisions rendues sous l'empire de l'ancien décret demeurent en vigueur tant qu'elles ne contredisent pas le nouveau décret.
La compétence de l'Autorité inclut-elle le Centre de règlement des litiges locatifs et les commissions judiciaires ?+
Oui. Le Décret n° (29) de 2024 a élargi la définition des « organes judiciaires » pour inclure les tribunaux de Dubaï à tous les degrés, le Centre de règlement des litiges locatifs, les commissions judiciaires constituées par décret ou décision du Souverain de Dubaï, et toute entité considérée comme une autorité judiciaire dans l'émirat, en sus des tribunaux du DIFC.
Combien de temps l'Autorité met-elle pour rendre sa décision ?+
L'Autorité rend sa décision dans un délai n'excédant pas 30 jours à compter du dépôt par les parties de leurs mémoires en clôture. Une demande de sursis à statuer est tranchée dans un délai de 14 jours à compter de la date de notification.
Le dépôt de la demande emporte-t-il automatiquement le sursis aux procédures ?+
Non. Le dépôt de la demande n'emporte pas un sursis automatique aux procédures ; toutefois, toute partie peut présenter une demande distincte de sursis à statuer, que l'Autorité examine et tranche dans un délai de 14 jours à compter de la date de notification.
Qui a le droit de soumettre une demande à l'Autorité ?+
La demande est soumise à l'Autorité au moyen d'une requête présentée par l'un des plaideurs ou par le Ministère public, lorsqu'un conflit de compétence existe ou que des décisions contradictoires ont été rendues dans le même litige.
La décision de l'Autorité est-elle définitive et contraignante ?+
Oui. Les décisions de l'Autorité sont définitives et contraignantes pour les tribunaux du Centre et tous les autres organes judiciaires ; la décision doit être motivée et les délibérations de l'Autorité sont confidentielles.
Pour examiner votre situation juridique en matière de conflits de compétence, contactez l'équipe spécialisée du cabinet AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS.

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