Levée de l'interdiction de voyager aux Émirats et cas de son annulation
L'interdiction de voyager aux Émirats arabes unis est une mesure conservatoire exceptionnelle qui restreint temporairement la liberté de circulation afin de garantir un droit ou le bon cours de la justice, et elle ne peut être prononcée que par ordonnance de l'autorité judiciaire compétente. En matière civile, l'ordonnance est rendue par le juge compétent ou le président de la chambre à la demande du créancier, dès lors qu'il existe des motifs sérieux de craindre la fuite du débiteur et que la créance n'est pas inférieure à dix mille dirhams, sauf s'il s'agit d'une pension alimentée allouée. La levée de l'interdiction suit des voies limitativement prévues par la loi : l'extinction de l'obligation du débiteur pour quelque cause que ce soit, le consentement écrit du créancier à la mainlevée, la fourniture par le débiteur d'une garantie bancaire suffisante ou d'une caution solvable agréée par le juge, la consignation à la caisse du tribunal d'une somme égale à la créance et aux frais, ou encore la carence du créancier qui ne justifie pas de l'introduction de l'action en paiement dans les huit jours de l'ordonnance. En matière pénale, l'interdiction relève de l'autorité d'instruction ou de la juridiction et disparaît avec sa cause.
Qu'est-ce que l'interdiction de voyager et quelle est sa nature juridique ?
L'interdiction de voyager n'est pas une peine. C'est une mesure conservatoire temporaire dont l'objet est de préserver une situation juridique existante dans l'attente du règlement du litige ou du recouvrement du droit consacré. Parce qu'elle déroge au principe de la liberté de circulation, elle ne saurait recevoir une application extensive ni servir de moyen de pression, et elle demeure soumise au contrôle du juge depuis son prononcé jusqu'à sa caducité.
Une mesure conservatoire, non une peineElle vise à garantir le recouvrement d'un droit ou la comparution d'un prévenu ; elle n'emporte par elle-même aucune conséquence pénale pour l'intéressé.
Temporaire par natureL'ordonnance demeure en vigueur jusqu'à l'extinction de l'obligation du débiteur envers son créancier, pour quelque cause que ce soit, puis cesse de produire effet.
Les autorités habilitées à prononcer l'interdiction
Le fondement de l'interdiction varie selon la nature du litige, et identifier l'autorité qui l'a prononcée constitue la première démarche pratique, car la voie de la levée en dépend.
Le juge compétent ou le président de la chambreEn matière civile et commerciale ainsi qu'en matière d'exécution, l'ordonnance est rendue sur requête de la partie intéressée.
Le ministère public ou la juridiction pénaleEn matière pénale, où la mise en liberté provisoire peut être subordonnée à l'interdiction de voyager.
Le tribunal du statut personnelEn matière familiale, en particulier pour le voyage hors du pays de l'enfant confié en garde.
Conditions de l'interdiction de voyager du débiteur en matière civile
Le législateur permet au créancier de solliciter une ordonnance d'interdiction de voyager même avant l'introduction de l'action au fond, mais il l'a assortie de conditions précises devant être réunies ; le défaut de l'une d'elles expose l'ordonnance à la caducité.
Des motifs sérieux de craindre la fuite du débiteurLa requête doit exposer ces motifs de manière circonstanciée, et non par de simples formules générales.
Une créance au moins égale à dix mille dirhamsSauf lorsque la demande porte sur une pension alimentée allouée, laquelle échappe à ce seuil.
Une créance certaine, exigible et non conditionnelleUne prétention éventuelle ou subordonnée à un événement futur ne suffit pas.
Évaluation provisoire lorsque le montant n'est pas déterminéSi la créance n'est pas d'un montant déterminé, le juge l'évalue provisoirement, à condition que la demande repose sur une preuve écrite.
Une caution fournie par le créancier et agréée par le tribunalElle garantit tout préjudice subi par le débiteur du fait de l'interdiction s'il apparaît que le créancier n'était pas fondé en sa prétention.
Les pouvoirs du juge lors du prononcé
Le rôle du juge ne se limite pas à accueillir ou rejeter la requête : la loi lui confère des prérogatives supplémentaires garantissant le sérieux et l'effectivité de la mesure.
Procéder à une enquête sommaireAvant de statuer, le juge peut procéder à une enquête sommaire si les pièces produites à l'appui de la requête lui paraissent insuffisantes.
Le dépôt du passeportEn prononçant l'ordonnance, le juge peut ordonner le dépôt du passeport du débiteur à la caisse du tribunal.
La diffusion aux postes frontièreL'ordonnance d'interdiction peut être diffusée à l'ensemble des postes frontière de l'État afin d'en assurer l'exécution.
L'interdiction de voyager en matière pénale
Hors les cas où la mise en liberté provisoire est obligatoire, celle-ci peut être subordonnée à la fourniture d'une garantie personnelle ou financière, ou à l'interdiction de voyager. L'objectif est d'assurer la comparution de l'intéressé à tout acte de l'instruction et de la procédure, d'empêcher qu'il se soustraie à l'exécution du jugement et de garantir l'accomplissement des autres obligations mises à sa charge.
Si la garantie personnelle ou financière ne peut être fournie, le membre du ministère public peut modifier, remplacer ou supprimer la condition de garantie, ou ordonner la détention provisoire ou son maintien si l'intéressé est déjà détenu. Il en résulte que l'interdiction pénale suit le sort de la cause qui l'a motivée et disparaît avec elle.
L'interdiction de voyager dans les litiges familiaux
En matière de statut personnel, l'interdiction porte sur le voyage hors du pays de l'enfant confié en garde, ce voyage étant soumis à des règles qui concilient l'intérêt supérieur de l'enfant et le droit de surveillance et de suivi du tuteur. Les demandes d'interdiction ou d'autorisation de voyage sont donc portées devant le tribunal du statut personnel compétent, l'appréciation de l'intérêt constituant le critère déterminant.
Les cas de caducité et de levée de l'interdiction
En principe, l'ordonnance d'interdiction demeure en vigueur jusqu'à l'extinction, pour quelque cause que ce soit, de l'obligation du débiteur envers le créancier qui l'a obtenue. Néanmoins, le juge compétent en prononce la caducité dans les cas suivants :
La défaillance de l'une des conditions du prononcéLorsque l'une des conditions exigées pour l'ordonnance d'interdiction cesse d'être réunie.
Le consentement écrit du créancierLorsque le créancier consent par écrit à la mainlevée de l'ordonnance rendue à sa demande.
Une garantie bancaire ou une caution solvableLorsque le débiteur fournit une garantie bancaire suffisante ou une caution solvable agréée par le juge.
La consignation de la créance et des fraisLorsque le débiteur consigne à la caisse du tribunal une somme égale à la créance et aux frais, affectée au paiement du créancier ; cette somme est réputée saisie de plein droit à son profit.
L'inaction du créancier dans l'action ou l'exécutionLorsque le créancier ne justifie pas devant le juge de l'introduction de l'action en paiement dans les huit jours du prononcé de l'ordonnance, ou n'entreprend pas l'exécution du jugement définitif rendu en sa faveur dans les trente jours à compter du jour où il est devenu irrévocable.
Le recours contre l'ordonnance d'interdiction
Celui contre lequel l'ordonnance a été rendue peut la contester selon les formes prévues pour le recours contre les ordonnances sur requête. Le recours est formé à titre principal ou accessoirement à l'action au fond, et il est statué par confirmation, réformation ou annulation de l'ordonnance. C'est la voie pratique essentielle pour combattre une ordonnance rendue sans que ses conditions soient réunies, singulièrement lorsque la requête n'exposait aucun motif sérieux.
Mesures supplémentaires en cas de tentative de soustraction
Si le débiteur interdit de voyager refuse sans motif légitime de remettre son passeport, ou s'il apparaît au juge qu'il a disposé de ses biens ou les a soustraits, ou qu'il se prépare à fuir hors de l'État malgré les mesures prises, le juge peut ordonner qu'il soit amené devant lui et contraint de fournir une garantie de paiement ou une garantie de comparution, ou de consigner à la caisse du tribunal la somme réclamée. À défaut d'obéissance, le juge peut ordonner sa rétention provisoire jusqu'à l'exécution de l'ordonnance, cette décision étant susceptible d'appel dans les sept jours de son prononcé.
Comment vérifier l'existence d'une interdiction à votre encontre
La vérification s'effectue auprès de l'autorité judiciaire compétente de l'émirat ayant rendu l'ordonnance, ou par l'intermédiaire d'un mandataire légal muni d'une procuration officielle qui prend connaissance du fondement de l'ordonnance, du numéro du dossier et du demandeur. Identifier le fondement de l'interdiction, civil, pénal ou familial, est essentiel, car chaque fondement commande une voie de levée et des délais différents.
Délais et seuils légaux
8 jours
30 jours
7 jours
10 000 AED
Délai pour justifier de l'introduction de l'action en paiement, à compter de l'ordonnance
Délai pour entreprendre l'exécution du jugement définitif, à compter de son caractère irrévocable
Délai d'appel de la décision de rétention provisoire, à compter de son prononcé
Montant minimal de la créance, sauf s'il s'agit d'une pension alimentée allouée
Conseils pratiques
Identifiez d'abord le fondement de l'interdictionN'engagez aucune démarche avant de connaître l'autorité qui a rendu l'ordonnance, le numéro du dossier et le motif ; une erreur de voie paralyse la demande.
Examinez les conditions du prononcé avant de recourirNombre d'ordonnances sont rendues sur une requête dépourvue de tout exposé de motifs sérieux, moyen essentiel du recours.
Envisagez la garantie de substitutionUne garantie bancaire suffisante, une caution solvable ou une consignation peuvent lever l'interdiction sans attendre l'issue du litige.
Surveillez les délais du créancierLa carence du créancier à justifier de l'action dans le délai, ou à entreprendre l'exécution, constitue un motif autonome de caducité.
Formalisez tout accord par écritLe consentement du créancier à la mainlevée doit être écrit pour produire effet devant le juge.
Suivez la radiation de la diffusionNe vous contentez pas de la décision de caducité : assurez-vous de son exécution et de la radiation de la diffusion auprès des autorités compétentes avant toute réservation.
Références légales
1- Décret-loi fédéral n° 42 de 2022 portant Code de procédure civile.2- Décret-loi fédéral n° 38 de 2022 portant Code de procédure pénale.3- Décret-loi fédéral n° 41 de 2024 relatif au statut personnel.4- Décret-loi fédéral n° 29 de 2021 relatif à l'entrée et au séjour des étrangers.5- Décret-loi fédéral n° 19 de 2019 relatif à l'insolvabilité.6- Décret-loi fédéral n° 51 de 2023 relatif à la restructuration financière et à la faillite.
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Questions fréquentes
QL'interdiction de voyager est-elle automatique en cas de défaut de paiement ou de chèque impayé ?
Non. L'interdiction ne résulte pas du seul fait. Une ordonnance doit être rendue par le juge compétent ou le président de la chambre, sur requête de la partie intéressée et dès lors que les conditions légales sont réunies.
QQuel est le montant minimal de la créance permettant de demander l'interdiction ?
Dix mille dirhams, sauf si la demande porte sur une pension alimentée allouée, qui échappe à ce seuil.
QPeut-on lever l'interdiction sans payer intégralement la créance ?
Oui. Le juge prononce la caducité de l'ordonnance si le débiteur fournit une garantie bancaire suffisante ou une caution solvable agréée, si le créancier consent par écrit à la mainlevée, ou si le débiteur consigne à la caisse du tribunal une somme égale à la créance et aux frais.
QQue se passe-t-il si le créancier n'introduit pas l'action après l'ordonnance ?
Le juge compétent prononce la caducité de l'ordonnance si le créancier ne justifie pas de l'introduction de l'action en paiement dans les huit jours du prononcé.
QEt si un jugement définitif a été rendu en sa faveur sans être exécuté ?
L'ordonnance devient également caduque si le créancier n'entreprend pas l'exécution du jugement définitif dans les trente jours à compter du jour où il est devenu irrévocable.
QL'ordonnance d'interdiction est-elle susceptible de recours ?
Oui. Celui contre lequel elle a été rendue peut la contester selon les formes prévues pour le recours contre les ordonnances sur requête, et il est statué par confirmation, réformation ou annulation.
QLe passeport est-il déposé au tribunal ?
En prononçant l'ordonnance, le juge peut ordonner le dépôt du passeport du débiteur à la caisse du tribunal et la diffusion de l'ordonnance à tous les postes frontière de l'État.
QL'interdiction pénale diffère-t-elle de l'interdiction civile ?
Oui. L'interdiction pénale relève de l'autorité d'instruction ou de la juridiction, peut conditionner la mise en liberté provisoire hors les cas où celle-ci est obligatoire, et disparaît avec sa cause. L'interdiction civile obéit aux conditions et aux cas de caducité prévus par le Code de procédure civile.
QLe débiteur peut-il obtenir réparation si l'interdiction s'avère injustifiée ?
La loi impose au créancier de fournir une caution agréée par le tribunal garantissant tout préjudice subi par le débiteur du fait de l'interdiction s'il apparaît que le créancier n'était pas fondé en sa prétention.
QL'interdiction prend-elle fin automatiquement après paiement ?
L'ordonnance demeure en vigueur jusqu'à l'extinction de l'obligation du débiteur pour quelque cause que ce soit ; en pratique, il convient toutefois d'obtenir une décision constatant la caducité et de suivre la radiation de la diffusion auprès des autorités compétentes.
✓Avertissement juridiqueLes informations contenues dans cet article revêtent un caractère général et sont publiées afin de diffuser la culture juridique et de sensibiliser aux textes en vigueur aux Émirats arabes unis. Elles ne constituent ni une consultation ni un avis juridique portant sur une situation particulière et ne créent aucune relation de mandat entre le lecteur et le cabinet. L'issue de chaque affaire varie selon ses faits, ses pièces et la juridiction compétente ; il est recommandé de consulter un avocat agréé avant toute démarche. En cas de divergence entre la présente traduction et le texte arabe, le texte arabe prévaut.
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