Les infractions contre la personne et la liberté protègent ce que l'être humain possède de plus précieux : sa vie, son intégrité corporelle et sa liberté. Le législateur fédéral leur a consacré un livre distinct dans la loi sur les crimes et les peines, réparti en trois chapitres : les atteintes à la vie humaine et à l'intégrité corporelle, les atteintes à la liberté, et la mise en danger. Les peines s'échelonnent de l'amende à la peine capitale selon des critères définis : l'intention de l'auteur, la gravité du résultat, la qualité de la victime et le moyen employé. Cet article présente une cartographie complète de ces infractions et leur classification entre crime et délit.

Premièrement : cartographie des infractions et leur classification pénale
La classification d'une infraction repose sur la nature de la peine encourue et non sur la description de l'acte. Le crime est puni de l'une des peines du qisas, de la peine capitale, de la réclusion à perpétuité ou de la réclusion à temps ; le délit est puni de l'emprisonnement, d'une amende supérieure à 10 000 AED ou du prix du sang. C'est pourquoi la qualification de certaines infractions de ce livre change en fonction du seul résultat.
N°
Infraction
Classification
1
Meurtre intentionnel
Crime
2
Coups ayant entraîné la mort
Crime
3
Infirmité permanente causée intentionnellement ou par violence
Crime
4
Violences ayant entraîné une maladie ou une incapacité
Délit
5
Homicide et blessures involontaires
Délit
6
Incitation ou assistance au suicide
Délit ou crime
7
Avortement avec le consentement de la femme enceinte
Délit
8
Avortement sans le consentement de la femme enceinte
Crime
9
Enlèvement, séquestration ou privation de liberté
Crime
10
Réduction en esclavage et traite d'un être humain
Crime
11
Contrainte au travail au profit d'un intérêt privé
Délit
12
Mise en danger sous ses trois formes
Délit
Deuxièmement : le meurtre intentionnel et ses circonstances aggravantes
La peine principale du meurtre intentionnel est la réclusion à perpétuité, portée à la peine capitale dans des cas limitativement énumérés : lorsque le meurtre est commis avec préméditation ou guet-apens ; lorsqu'il est précédé, accompagné ou lié à une autre infraction ; lorsqu'il est commis contre un ascendant de l'auteur, ou contre un fonctionnaire ou une personne chargée d'un service public pendant ou à raison de l'exercice de ses fonctions ; ou lorsqu'une substance toxique ou explosive est employée.
Préméditation, guet-apens et qisas
La préméditation est le dessein arrêté avant l'acte, accompagné d'une organisation minutieuse des moyens d'exécution. Le guet-apens est le fait d'attendre une personne, en un ou plusieurs lieux, pendant un temps — long ou court — afin de la tuer ou de la frapper. L'établissement de l'une ou l'autre circonstance fait passer la peine de la réclusion à perpétuité à la peine capitale. Les dispositions de la charia islamique s'appliquent au qisas et au prix du sang ; si les ayants droit renoncent à leur droit au qisas à quelque stade que ce soit, la peine devient la réclusion à temps d'au moins 7 ans. Le prix du sang de la personne tuée par imprudence — homme ou femme — est fixé à 200 000 AED.
Troisièmement : les atteintes à l'intégrité corporelle
La règle qui gouverne cette catégorie est que la qualification et la peine sont déterminées par la gravité du résultat et non par la seule gravité de l'acte :
Des violences simples aux coups ayant entraîné la mort
Celui qui porte atteinte à l'intégrité corporelle d'autrui sans intention de donner la mort, mais dont l'acte entraîne le décès, est puni de la réclusion à temps n'excédant pas 10 ans ; les circonstances aggravantes du meurtre intentionnel, ainsi que l'état d'ivresse ou d'intoxication, y sont également aggravantes. Lorsque les violences entraînent une maladie ou une incapacité d'accomplir ses activités personnelles pendant plus de 20 jours, la peine est l'emprisonnement et l'amende ; lorsque le résultat n'atteint pas ce degré, la peine est l'emprisonnement n'excédant pas un an et une amende n'excédant pas 10 000 AED. Ce délit figure parmi ceux où le désistement ou la transaction suspend l'exécution de la peine privative de liberté.
L'infirmité permanente — quand est-elle constituée ?
Celui qui cause intentionnellement à autrui une infirmité permanente est puni de la réclusion à temps n'excédant pas 7 ans ; celui qui commet des violences sans intention de la causer, mais dont les violences y aboutissent, encourt la réclusion à temps n'excédant pas 5 ans, portée à 10 ans en présence d'une circonstance aggravante, d'un état d'ivresse ou d'intoxication. L'infirmité permanente est constituée par la section ou la séparation d'un organe, l'amputation d'une partie de celui-ci, la perte ou la diminution de sa fonction, ou l'altération permanente — totale ou partielle — de l'un des sens ; toute défiguration grave et durable y est assimilée.
Quatrièmement : l'homicide et les blessures involontaires
Une échelle de peines qui s'élève pour quatre motifs
Celui qui cause par imprudence la mort d'autrui est puni de l'emprisonnement et d'une amende, ou de l'une de ces peines ; celui qui porte par imprudence atteinte à l'intégrité corporelle d'autrui est puni de l'emprisonnement n'excédant pas un an et d'une amende n'excédant pas 10 000 AED, ou de l'une de ces peines. La peine s'élève pour quatre motifs : le manquement aux règles de sa fonction, de sa profession ou de son métier ; l'état d'ivresse ou d'intoxication au moment des faits ; l'abstention de porter secours à la victime alors qu'il en avait la possibilité ; et la pluralité de victimes. Lorsque l'acte entraîne le décès de plus de trois personnes, la peine est l'emprisonnement de deux à 5 ans, et de 3 à 7 ans en présence d'une circonstance supplémentaire.
Cinquièmement : l'avortement et l'incitation au suicide
Les degrés de l'infraction d'avortement
La femme enceinte qui se fait volontairement avorter est punie de l'emprisonnement n'excédant pas un an, ou d'une amende n'excédant pas 10 000 AED, ou des deux peines. Celui qui l'avorte avec son consentement est puni de l'emprisonnement d'au moins deux ans, ou d'une amende d'au moins 10 000 AED ; s'il s'agit d'un médecin, d'un chirurgien, d'un pharmacien, d'une sage-femme ou d'un technicien, la peine est la réclusion à temps n'excédant pas 5 ans. L'avortement sans son consentement est puni de la réclusion à temps n'excédant pas 7 ans.
L'incitation et l'assistance au suicide
Celui qui incite ou aide autrui, par quelque moyen que ce soit, à se suicider est puni de l'emprisonnement dès lors que le suicide est consommé ou tenté de ce fait, et la peine est aggravée lorsque la personne est âgée de moins de dix-huit ans ou d'une volonté ou d'un discernement diminués. Lorsque cette personne est privée de discernement ou de volonté, l'instigateur est puni de la peine du meurtre intentionnel, selon le cas. Le tribunal peut ordonner le placement de l'auteur d'une tentative de suicide dans un établissement de soins au lieu de prononcer une peine — approche thérapeutique et non répressive.
Sixièmement : les atteintes à la liberté
Le texte vise l'enlèvement, l'arrestation, la séquestration et la privation de liberté par quelque moyen que ce soit et sans titre légal. La peine principale est la réclusion à temps, portée à la réclusion à perpétuité dans les cas suivants, et à la peine capitale lorsque l'acte entraîne la mort de la victime :
- Usurpation de qualité : se prévaloir d'une qualité publique, se dire chargé d'un service public, ou entrer en contact sous une fausse qualité.
- Le moyen : la ruse, la force, la menace de mort ou de graves sévices, ou des actes de torture physique ou psychologique.
- La pluralité d'auteurs ou le port d'une arme, ou une privation de liberté supérieure à un mois.
- La qualité de la victime : une femme, un mineur, une personne atteinte de troubles mentaux ou en situation de handicap, ou un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions.
- Le but : le gain, la vengeance, une atteinte à l'honneur, l'infliction d'un préjudice, ou la contrainte à commettre une infraction.
L'excuse absolutoire, l'esclavage et le travail forcé
L'auteur est exempté de peine s'il informe volontairement les autorités, avant la découverte de l'infraction, du lieu où se trouve la personne enlevée, les y conduit, désigne les autres auteurs, et que cela aboutit au sauvetage de la victime — ces conditions étant cumulatives et non alternatives. Est puni de la réclusion à temps celui qui introduit dans le pays ou en fait sortir un être humain dans l'intention de le détenir, ainsi que celui qui détient, achète, vend ou dispose d'un être humain comme d'un esclave. Celui qui contraint autrui au travail au profit d'un intérêt privé, hors les cas permis par la loi, encourt l'emprisonnement n'excédant pas un an et une amende n'excédant pas 10 000 AED, ou l'une de ces peines.
Septièmement : la mise en danger
La particularité de ce chapitre est que le législateur n'a pas attendu la réalisation du dommage : il a incriminé l'acte de nature à exposer l'intérêt protégé au danger ; l'infraction est ici une infraction de mise en danger et non de résultat :
Les trois formes de mise en danger
Celui qui commet intentionnellement un acte de nature à exposer la vie, la santé, la sécurité ou les libertés d'autrui au danger est puni de l'emprisonnement et d'une amende, ou de l'une de ces peines, et de l'emprisonnement si un dommage en résulte. Celui qui expose au danger un mineur de moins de 15 ans, ou une personne incapable de se protéger elle-même, est puni de l'emprisonnement n'excédant pas deux ans ; la peine est aggravée lorsque l'infraction est commise en abandonnant la victime dans un lieu désert, ou par l'un de ses ascendants ou par la personne chargée de sa garde ou de ses soins — et elle s'étend à la privation intentionnelle de nourriture ou de soins. L'exposition au danger d'un enfant de moins de 7 ans dans un lieu habité est punie de l'emprisonnement ou d'une amende n'excédant pas 10 000 AED.
Huitièmement : les circonstances aggravantes communes
- L'intention et la préparation de l'auteur : la préméditation et le guet-apens portent le meurtre intentionnel à la peine capitale.
- La qualité de la victime : les ascendants, le fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions, le mineur, la femme, la personne vulnérable et les personnes en situation de handicap.
- Le moyen employé : les substances toxiques ou explosives, les armes, la force, la menace, la ruse et la torture.
- L'état de l'auteur et l'abstention de secours : l'ivresse ou l'intoxication, et l'abandon de la victime sans assistance alors qu'il pouvait la secourir.
La règle de causalité
L'auteur répond de l'infraction même si une autre cause — antérieure, concomitante ou postérieure — a concouru à sa réalisation, dès lors que cette cause était prévisible ou probable selon le cours ordinaire des choses. Lorsque cette cause suffisait à elle seule à produire le résultat, l'auteur ne répond que de l'acte qu'il a commis — règle d'une importance centrale dans les affaires de coups ayant entraîné la mort.
Neuvièmement : recommandations pratiques
Des démarches qui préservent votre position juridique
- Déposez plainte et faites-vous examiner immédiatement : le rapport médical initial détermine la durée de l'incapacité, dont dépend la qualification entre délit et crime.
- Faites constater officiellement la durée de l'incapacité : la différence entre plus de 20 jours et moins modifie la peine, et elle ne s'établit que par un rapport certifié.
- Conservez les preuves numériques en l'état : enregistrements, images de vidéosurveillance et messages, sans suppression ni modification.
- Ne faites aucune déclaration sans avocat : les déclarations au stade de l'enquête et du parquet déterminent tout le cours de la procédure.
- Ne vous abstenez pas de porter secours : laisser la victime sans assistance est une circonstance aggravante expresse dans les infractions non intentionnelles.
- Ne renoncez pas avant d'avoir consulté : le désistement ne produit ses effets que dans les cas expressément prévus par la loi.
Références juridiques
- Décret-loi fédéral n° 31 de 2021 portant promulgation de la loi sur les crimes et les peines — loi fédérale.
- Décret-loi fédéral n° 38 de 2022 portant promulgation du code de procédure pénale — loi fédérale.
- Loi fédérale n° 9 de 1976 relative aux mineurs délinquants et vagabonds — loi fédérale.
- Loi fédérale n° 3 de 2016 relative aux droits de l'enfant (Wadeema) — loi fédérale.
Êtes-vous partie à une affaire d'homicide, de violences ou d'atteinte à la liberté ?
Ces affaires se jouent dans le détail : l'intention, la durée de l'incapacité, le lien de causalité et l'intégrité de la preuve.
AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS — Dubaï, Émirats arabes unis
Questions fréquentes
QQuelle est la différence entre le meurtre intentionnel et les coups ayant entraîné la mort ?
La différence tient à l'intention et non au résultat. Dans le meurtre intentionnel, la volonté de l'auteur tend à causer la mort, et la peine est la réclusion à perpétuité, pouvant aller jusqu'à la peine capitale. Dans les coups ayant entraîné la mort, l'auteur entend porter atteinte à l'intégrité corporelle sans vouloir tuer, et la peine est la réclusion à temps n'excédant pas 10 ans.
QLe prix du sang ou le désistement éteignent-ils la peine pénale ?
Pas de manière absolue. Le prix du sang est un droit pécuniaire autonome qui n'affecte pas les peines encourues. La renonciation des ayants droit au qisas a pour effet de ramener la peine à la réclusion à temps d'au moins 7 ans, et non l'extinction de l'action. Dans des délits limitativement énumérés — dont les atteintes à l'intégrité corporelle — le désistement ou la transaction suspend l'exécution de la peine.
QQuand un délit de violences devient-il un crime ?
Lorsque le résultat ou le moyen change. Les violences causant une incapacité limitée constituent un délit ; lorsqu'elles entraînent une infirmité permanente ou la mort, elles deviennent un crime puni de la réclusion à temps.
QQu'est-ce qui fait passer l'enlèvement à la réclusion à perpétuité ?
La loi énumère limitativement les cas : l'usurpation d'une qualité publique ; la commission de l'acte par ruse, force, menace de mort, de graves sévices ou de torture ; la commission par deux personnes ou plus ou par une personne armée ; une privation de liberté supérieure à un mois ; la qualité de la victime — femme, mineur ou personne en situation de handicap ; ou le but poursuivi — gain, vengeance ou atteinte à l'honneur. Lorsque l'acte entraîne la mort, la peine est la peine capitale.
QLes parents répondent-ils de l'abandon de soins à leur enfant ?
Oui, avec circonstance aggravante. L'exposition au danger d'un mineur de moins de 15 ans, ou d'une personne incapable de se protéger, constitue une infraction autonome, et la peine est aggravée lorsqu'elle est commise par l'un de ses ascendants ou par la personne chargée de sa garde ou de ses soins, ou en l'abandonnant dans un lieu désert.

Avertissement juridique
Cet article est publié dans un but de diffusion de la culture juridique et de sensibilisation de la communauté. Il ne constitue ni une consultation juridique ni un avis juridique sur une situation déterminée, et il n'en naît aucune relation de mandat ou de représentation. L'issue de chaque affaire varie selon ses faits et ses pièces, et les textes et modifications législatives sont susceptibles d'évoluer. Il est toujours recommandé de consulter un avocat agréé pour un avis propre à votre situation. AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS décline toute responsabilité quant à une décision prise sur le fondement de ce contenu sans consultation spécialisée. En cas de divergence entre cette traduction et le texte arabe original, la version arabe prévaut.
Avocat pénaliste à Dubaï — homicide, violences et atteintes à la liberté
AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS à Dubaï assure la représentation et le conseil dans les affaires d'atteintes à la personne et à la liberté devant le parquet et les juridictions de Dubaï à tous les degrés, notamment le meurtre intentionnel et l'homicide involontaire, les coups ayant entraîné la mort, l'infirmité permanente, les accidents de la circulation, les erreurs médicales, ainsi que les infractions d'enlèvement, de séquestration et de mise en danger. Si vous recherchez un avocat pénaliste à Dubaï, un avocat pour homicide involontaire et accidents, ou un avocat pour violences et blessures, le cabinet suit l'affaire du poste de police au parquet, puis au jugement, à l'appel et à la cassation.
Nos services dans les autres Émirats
L'activité du cabinet s'étend à Abou Dhabi, Charjah, Ajman, Oumm al Qaïwaïn, Ras el Khaïmah et Foujaïrah. La loi sur les crimes et les peines est une loi fédérale applicable dans l'ensemble des Émirats, sous réserve de l'organisation procédurale et des juridictions compétentes propres à chaque Émirat. Si vous recherchez un avocat pénaliste à Abou Dhabi, un avocat pour violences et blessures à Charjah, ou un avocat pour accidents mortels et enlèvements dans les autres Émirats, vous pouvez contacter le cabinet pour évaluer votre position juridique.