Loi sur les entreprises familiales : propriété, gouvernance et continuité

Loi sur les entreprises familiales : propriété, gouvernance et continuité

Une société familiale est toute société constituée conformément à la loi sur les sociétés commerciales dont la majorité des parts ou des actions est détenue par des personnes appartenant à une même famille, et qui est inscrite au registre unifié des sociétés familiales. Le législateur fédéral a réglementé ce type de société par le Décret-loi fédéral n° (37) de 2022 relatif aux sociétés familiales, afin d'établir un cadre complet pour organiser la propriété et la gouvernance, faciliter la transmission de la société entre les générations et assurer sa continuité. Elle peut revêtir l'une des formes de sociétés prévues par la loi sur les sociétés, y compris la société unipersonnelle, à l'exception de la société anonyme publique et de la société en nom collectif. Dans l'émirat de Dubaï, ce cadre est complété par une législation locale ayant créé un Centre des sociétés familiales et un comité dédié au règlement des litiges. Dans cet article, AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS expose les principales dispositions de la loi en pratique.

Loi sur les sociétés familiales

Loi sur les sociétés familiales : comment elle régit la propriété, la gouvernance et la continuité de l'activité

Définition de la société familiale et champ d'application de la loi

La loi définit la « famille » comme les parents par le sang et par alliance, et la société familiale comme toute société constituée selon la loi sur les sociétés dont la majorité des parts ou actions est détenue par les membres d'une même famille et qui est inscrite au registre. Ses dispositions s'appliquent à toute société familiale existante à son entrée en vigueur ou constituée par la suite dont les détenteurs majoritaires décident de l'inscrire. La société peut revêtir toute forme sociale, y compris la société unipersonnelle, tandis que la société anonyme publique et la société en nom collectif sont exclues.

Application dans les zones franches et les émirats
Dans les zones franches financières et non financières, la loi s'applique dans la mesure où elle n'est pas contraire à la législation de la zone franche concernée. Lorsqu'un émirat dispose d'une législation locale réglementant les sociétés familiales, cette législation locale prévaut, et la loi fédérale ne s'applique qu'aux matières qu'elle ne régit pas, les sociétés pouvant néanmoins être autorisées à s'inscrire au registre unifié.

Le registre unifié des sociétés familiales

Les sociétés familiales éligibles sont inscrites au registre tenu auprès du ministère de l'Économie en coordination avec l'autorité compétente, et le ministère délivre un document attestant l'inscription. En vertu de l'Arrêté ministériel n° (109) de 2023, l'inscription exige que la société soit d'une forme non exclue, que la majorité de ses parts soit détenue par les membres d'une même famille, que les détenteurs majoritaires décident de l'inscrire, et qu'elle dispose de statuts conformes à la loi.

Données d'inscription et leur modification
Un numéro d'inscription précédé des lettres « Sh A » est attribué à la société inscrite et sert d'identifiant. La société doit demander l'enregistrement de toute modification des données d'inscription dans un délai de (30) jours ouvrables ; lorsque la modification concerne le gérant responsable ou le conseil, elle doit être mise à jour dans un délai de (3) jours ouvrables. Aucune donnée du registre n'est publiée hormis une liste des noms des sociétés familiales inscrites.

Les statuts et la charte familiale

Les statuts de la société familiale doivent être conformes à la présente loi et à la loi sur les sociétés, et le ministère établit des statuts indicatifs à titre de référence. La famille peut disposer d'une « charte » contenant des règles relatives à la propriété, aux objectifs et aux valeurs de la famille, aux mécanismes d'évaluation des parts, aux modalités de répartition des bénéfices et à la qualification des membres de la famille pour travailler dans la société. La charte ou sa modification est approuvée à la majorité des membres du conseil de famille, ou à la majorité des associés de la famille en l'absence de conseil, et une copie peut en être déposée au registre.

En cas de conflit entre les statuts et la charte
En cas de conflit entre les statuts et la charte, les statuts prévalent et toute clause de la charte contraire à ceux-ci ou à la loi est nulle. En l'absence de disposition ou en cas d'ambiguïté, les statuts et la charte sont interprétés conformément à l'intention commune des fondateurs et des associés et de manière à préserver la continuité de la société et sa transmission entre les générations.

Organisation de la propriété et catégories de parts

Par dérogation à la loi sur les sociétés, une société familiale peut être détenue par un nombre quelconque d'associés, et son capital se compose de parts conférant à leurs titulaires des droits égaux ou différents dans les bénéfices, selon ce qui est convenu dans les statuts. Deux catégories de parts peuvent être émises : les parts de catégorie (A) conférant à leur titulaire le droit aux bénéfices et le droit de vote à l'assemblée générale, et les parts de catégorie (B) conférant le droit aux bénéfices uniquement, sans droit de vote, avec la possibilité de prévoir des conditions de conversion d'une catégorie à une autre ou des catégories supplémentaires différant par la valeur, le pouvoir de vote et les droits de priorité.

Disposition de la part de l'associé et droit de rachat

Si un associé souhaite disposer de sa part, il doit d'abord l'offrir aux autres associés de la famille ; il en est dispensé lorsqu'il la transfère à son conjoint ou à tout parent jusqu'au premier degré. Une part ne peut être cédée à un tiers étranger à la famille qu'avec l'accord d'associés détenant au moins les trois quarts du capital, sauf disposition contraire des statuts. Lorsqu'un tiers acquiert une part en dehors de ces cas, les associés restants peuvent en demander le rachat dans un délai de (60) jours ; à défaut, elle est offerte à la société, et si elle n'est pas rachetée dans un délai de (30) jours, le tiers est mis en mesure de l'acquérir.

Droit de rachat en cas de concentration de la propriété
Lorsqu'un seul associé vient à détenir au moins (90%) des parts de la société, les associés restants étrangers à la famille doivent être avisés de son souhait de racheter leurs parts. Lorsque sa détention atteint (95%) des parts assorties du droit de vote, les associés restants membres de la famille doivent également être avisés. Le prix des parts est déterminé selon le mécanisme prévu dans les statuts ou la charte ; à défaut, le comité évalue la part par des experts aux frais de l'acquéreur.

La société familiale peut acquérir au maximum (30%) de ses propres parts dans deux cas : la réduction de son capital, ou l'achat des parts d'un associé souhaitant vendre, ou en faillite ou insolvable, lorsqu'il n'existe pas d'acquéreur parmi les associés, sous réserve de l'accord de la majorité des parts représentées à l'assemblée générale.

Succession et continuité de la société

L'organisation par les membres de la famille des règles de propriété et de transmission des parts ou des actifs de la société — par vente, donation ou usufruit — n'est pas réputée contraire à la loi sur le statut personnel lorsqu'elle est réalisée du vivant de l'associé disposant. L'héritier a le droit de demeurer associé à hauteur de la part héritée ou d'en disposer, en respectant les règles relatives à la disposition par l'associé. Au décès d'un associé, le gérant de la société — sauf disposition contraire des statuts — tient lieu de tuteur sur les parts du défunt et supervise leur transmission aux héritiers, chacun selon sa part légale.

Le décès ne met pas fin à la qualité de société
La qualité de société familiale ne se perd pas par le décès, l'interdiction, la faillite ou l'insolvabilité d'un associé, sauf convention contraire des statuts, et les associés disposent d'un délai de (3) mois à compter de l'événement pour régulariser la situation de la société, prorogeable par décision de l'autorité compétente. La qualité se perd toutefois si des personnes étrangères à la famille viennent à détenir la majorité des parts assorties du droit de vote, la société étant alors radiée du registre.

Gestion de la société familiale et obligations du gérant

La société est gérée par un gérant désigné dans les statuts ; à défaut, il est désigné par une décision ultérieure d'associés détenant au moins (51%) des parts représentées, et peut être une ou plusieurs personnes parmi les associés ou des tiers. Une société familiale à responsabilité limitée peut constituer un conseil d'administration. Le gérant doit faire preuve de la diligence requise, s'abstenir de concurrencer l'activité de la société, présenter un rapport annuel aux associés, ne disposer des actifs de la société que pour la réalisation de ses objets, et être équitable entre les associés et indépendant dans son opinion.

Répartition des bénéfices

La société familiale doit répartir une partie de ses bénéfices annuels à la fin de chaque exercice entre ses associés, chacun au prorata de sa part, sauf disposition contraire des statuts. Le gérant répartit les bénéfices de la manière décidée par l'assemblée générale et prévue par les statuts, et peut déduire des bénéfices de tout associé tout montant dont il est redevable envers la société.

Gouvernance des affaires familiales

La gouvernance des affaires familiales dans leur relation avec la société peut être organisée par la création de conseils et de comités, d'une assemblée de famille, d'un conseil de famille et d'un bureau de famille, qui gèrent les affaires de la famille, éduquent et forment ses membres, séparent la propriété des actifs propres de la famille de celle de la société, supervisent ses investissements et ses activités caritatives, et veillent aux conflits d'intérêts et au rapprochement des points de vue. Le ministère édicte des règles indicatives générales pour organiser cette gouvernance.

Règlement des litiges des sociétés familiales

Les statuts ou la charte peuvent prévoir un conseil chargé de concilier les associés et les membres de la famille. À défaut, ou si ses efforts de conciliation échouent dans un délai maximal de (3) mois, ou s'il est convenu de ne pas lui soumettre l'affaire, le Comité de règlement des litiges des sociétés familiales connaît des litiges nés des statuts ou de la gestion ou de la propriété de la société. Le comité statue dans un délai maximal de (3) mois, prorogeable, et peut prendre des mesures conservatoires et urgentes pour préserver la continuité de la société. Ses décisions sont susceptibles d'appel, avec la possibilité de convenir d'un arbitrage ou de recourir aux tribunaux des zones franches financières.

Application de la loi dans l'émirat de Dubaï

Dubaï a complété le cadre fédéral par une législation locale. Le Décret n° (45) de 2022 a créé le « Centre des sociétés familiales » auprès des Chambres de Dubaï, chargé d'élaborer une stratégie de soutien aux sociétés familiales et aux propriétés familiales, de renforcer les compétences des associés, des fondateurs et de leurs enfants, de préparer des modèles indicatifs de statuts et de codes de gouvernance, et de fournir des conseils sur la constitution et sur l'organisation de la propriété familiale.

Le comité de règlement des litiges à Dubaï
En vertu de l'Arrêté n° (14) de 2023, un « Comité de règlement des litiges des sociétés familiales et des propriétés familiales » est constitué au sein des tribunaux, présidé par un juge d'un rang au moins égal à celui de juge d'appel et comprenant deux membres expérimentés. Il est compétent pour les litiges que le Centre ne parvient pas à régler à l'amiable, et notamment : la cessation d'un contrat de propriété familiale ou de la qualité d'une société ou sa radiation, la détermination du prix des parts et le droit de les racheter, et l'annulation des changements de catégories de parts. Ses décisions sont susceptibles d'appel devant le tribunal compétent.

Avantages et incitations pour les sociétés familiales

Le Conseil des ministres — sur proposition du ministre de l'Économie et après coordination avec les entités concernées — peut émettre des décisions sur les avantages et incitations accordés aux sociétés familiales inscrites au registre et les contrôles y afférents. L'autorité compétente de l'émirat peut de même accorder tout autre avantage et incitation selon les contrôles édictés à cet égard. La société familiale est soumise, pour les matières non spécifiquement traitées, aux dispositions de la loi sur les sociétés commerciales, sans être réputée une forme nouvelle s'ajoutant aux formes de sociétés.

Principaux délais et échéances juridiques

60 jours
Délai pour que les associés restants demandent le rachat d'une part acquise par un tiers
30 jours
Délai pour offrir la part à la société avant qu'un tiers ne puisse l'acquérir
3 mois
Délai de règlement du litige et de régularisation au décès d'un associé
30 jours ouvrables
Délai d'enregistrement d'une modification des données d'inscription
3 jours ouvrables
Délai de mise à jour des données du gérant ou du conseil
15 jours ouvrables
Délai pour contester la décision de radiation de la société du registre

Conseils juridiques pratiques

Déposez la charte familiale au registre et prévoyez-y le mécanisme d'évaluation des parts pour éviter le recours à des experts en cas de litige.
Définissez les catégories de parts (A) et (B) dans les statuts afin de séparer le droit de vote du droit aux bénéfices et de préserver le contrôle de la famille.
Désignez expressément le gérant et le conseil dans les statuts afin d'éviter tout différend ultérieur sur le mode de désignation.
Respectez le délai de (60) jours pour demander le rachat lorsqu'un tiers acquiert une part, ce délai étant de forclusion.
Mettez à jour sans tarder les données du registre dans un délai de (30) jours, et de (3) jours s'agissant du gérant ou du conseil.
Prévoyez dans les statuts ou la charte un conseil de conciliation avant de recourir au comité de règlement des litiges.

Références juridiques

1- Décret-loi fédéral n° (37) de 2022 relatif aux sociétés familiales — Décret-loi fédéral.
2- Décret-loi fédéral n° (32) de 2021 relatif aux sociétés commerciales — Décret-loi fédéral.
3- Arrêté ministériel n° (109) de 2023 relatif au registre des sociétés familiales — Arrêté ministériel.
4- Loi n° (9) de 2020 réglementant la propriété familiale dans l'émirat de Dubaï, telle que modifiée — Législation locale (émirat de Dubaï).
5- Décret n° (45) de 2022 portant création du Centre des sociétés familiales dans l'émirat de Dubaï — Décret local (émirat de Dubaï).
6- Arrêté n° (14) de 2023 portant constitution du Comité de règlement des litiges des sociétés familiales et des propriétés familiales dans l'émirat de Dubaï — Arrêté local (émirat de Dubaï).
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Questions fréquentes

QQu'est-ce qui rend une société « familiale » aux yeux de la loi ?
C'est une société constituée selon la loi sur les sociétés dont la majorité des parts ou actions est détenue par des personnes appartenant à une même famille (parents par le sang et par alliance) et qui est inscrite au registre unifié, à l'exclusion de la société anonyme publique et de la société en nom collectif.
QMa société familiale en zone franche est-elle soumise à cette loi ?
Ses dispositions s'appliquent aux sociétés constituées en zones franches dans la mesure où elles ne sont pas contraires à la législation de cette zone concernant leur organisation, leur constitution et leur inscription.
QL'acquisition d'une part par un tiers met-elle fin à la qualité de société familiale ?
L'acquisition par un tiers de la part d'un seul associé ne met pas fin, à elle seule, à cette qualité, à condition que la détention des membres de la famille ne tombe pas en deçà de la majorité des parts. La qualité se perd lorsque des personnes étrangères à la famille viennent à détenir la majorité des parts assorties du droit de vote.
QComment les parts sont-elles transmises par succession ?
L'héritier a le droit de demeurer associé à hauteur de la part héritée ou d'en disposer, et le gérant de la société supervise la transmission des parts du défunt aux héritiers, chacun selon sa part légale, sauf disposition contraire des statuts.
QOù les litiges des sociétés familiales sont-ils introduits à Dubaï ?
Ils sont d'abord soumis au règlement amiable ; à défaut, ils sont examinés par le « Comité de règlement des litiges des sociétés familiales et des propriétés familiales dans l'émirat de Dubaï », dont les décisions sont susceptibles d'appel devant le tribunal compétent.
QQuels avantages obtient une société inscrite au registre ?
Le Conseil des ministres peut émettre des décisions accordant des avantages et incitations aux sociétés familiales inscrites au registre, et l'autorité compétente de l'émirat peut accorder d'autres avantages et incitations selon les contrôles édictés.

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Avertissement juridique

Les informations contenues dans cet article ont un caractère éducatif général et ne constituent pas un conseil juridique spécialisé sur un cas particulier. Les règles diffèrent selon les circonstances de chaque espèce, les termes des statuts, la charte familiale et la législation en vigueur au moment de l'application. Aucune relation avocat-client ne naît du seul fait de sa lecture. Pour un avis fondé sur vos propres faits, veuillez contacter AWADH ALMHEIRI LAW FIRM AND LEGAL CONSULTATIONS.

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